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LE PEUPLE BAGA

Dernière mise à jour : 30 juin 2023

Les Baga sont une population ouest-africaine vivant le long de la côte et sur certaines îles, principalement en Guinée, mais aussi en Guinée-Bissau et en Sierra Leone. Ils étaient avant tout des cultivateurs de riz et de sel, mais aussi de grands sculpteurs de masques et, dont beaucoup furent détruits ou emportés à l'époque de l'islamisation. La plupart des traditions de sculpture Baga s'effondrent ainsi. Après l'indépendance de la Guinée en 1958, lorsque le président de l'époque, Sékou Touré, a établi un régime autoritaire, les Baga ont établi leur nouvelle identité. Le Bagataï, ou pays Baga, se situe autour des villes de Boké, de Boffa et de Kamsar, en Basse-Guinée, c'est-à-dire dans la région de la Guinée maritime. Les Baga occupent également de nombreuses îles de la Basse-Guinée, tels que les îles de Loos au large de Conakry, dont ils sont d'ailleurs les premiers occupants. En effet Conakry, capitale de la République de Guinée, vient du mot baga « konakiri », tout comme la majorité des noms de ses quartiers et des communes aux alentour tel ques le quartier Gbesssia, Sangoyah, tombo, kaloum, kaporo etc... Les Baga vivent dans une région marécageuse couverte de mangrove, sous un climat tropical, chaud et très humide. Ils pratiquent avant tout la riziculture, mais produisent aussi du coton, des calebasses, du mil, du palmier à huile, du gombo, du sésame et du sorgho, et pêchent le long du littoral. À l'origine, ils habitaient les massifs montagneux du Fouta Djalon, région de la Moyenne Guinée, avant d'en être refoulés vers le sud et le littoral vers le xviie siècle par les vagues successives de Peuls lors de l'islamisation. Les Baga sont considérés par la tradition comme les premiers habitants du Fouta-Djalon. Cette migration massive de Peuls, originaires pour leur majorité du Macina, vers le Fouta Djalon, est une des causes de la parenté de toutes ces nombreuses ethnies qui bordent le golfe de Guinée, de la Casamance (dans le Fouladougou Harbala est une montagne qui s'appelle "Bagakourou", c'est-à-dire mont Baga) à la Sierra Leone. Anciens possesseurs des bastions du Fouta actuel, ils étaient les intermédiaires entre les peuples de la forêt (ou du Soudan occidentale) et ceux des rivières de la Sénégambie. Lorsque, au Moyen Âge, les navigateurs européens apparurent, ils descendirent par petits groupes vers le littoral, vendant leur ivoire aux étrangers. Ils étaient en effet, et sont encore, grands chasseurs et pêcheurs. Excellents arboriculteurs, les Bagas sont de grands cultivateurs de riz. Ils étaient également potiers et forgerons, avant que l'influence des mandingues avec la venue des "castes" qui considère ce métier comme déshonorant. Les principaux chefs furent : Sampeul, Bogos, Soumari Fi, Tonho, Tomoné, Kambara, Sory Pokaré, Ma Diwil, Mankarondé, Yayo, Manga Baki, Baya Tomboli, Balé Bokari, Balé Bassi, balé Gbessi.


Chef baga de Koba (1914). Sampeul dit Sampil


LA SOCIÉTES BAGA


Fortement mélangés aux multiples ethnies de la Basse côte guinéenne (Landoumas, Nalous, Soussous, Téminè, Mikhiforé, etc.), les Bagas (comme ces autres ethnies précitées), en plus de la langue baga, parlent le soussou et répondent même à l'appellation de Susu, à la suite des forts mélanges consécutifs à la promiscuité entre ces différentes ethnies durant les trois derniers siècles.

La langue Baga a plusieurs dialectes. Les Baga de Kakilensy, kataco, Maren ont le même dialecte. Kwass, Tolgotch et Katongoro même dialecte. Bigori, kalktchè et kfin, etc. Les Forés parlent un dialecte proche des Nalous du nord, faisant partie des Bagas sitémou, car les deux peuplades sont originaires de la région de Pita. À leur tour, les Bagas sitésmous parlent un dialecte proche de la langue timné de la Sierra Leone.

Les Bagas Sitémou (ou Sitemu, Sitem) sont établis autour de Boké. En 1957, on en dénombrait environ 12 000 entre le rio Nunez et le rio Kapatchez (ou Katako). À cette date, cinq localités sitémou dépassaient le millier d'habitants : Katako (le centre culturel du pays sitémou), Katongoro, Kawas, Taibé et Couffin.

Les Bagas Foré (foré signifiant « noir », « aussi en soussou) se désignent eux-mêmes comme Baga Buluñits – du mot bolong –, c'est-à-dire « habitants des marais ». ils vivent autour de Boffa, près de Monchon. En 1957, les six villages foré les plus importants étaient : Kifinda, Mambasso, Melinsi, Monchon, Mintani et Yamponi.

Les Bagas Koba vivent dans la plaine sableuse de la rive droite de la rivière Ouassou et sont concentrés dans les villages suivants : Koba, Taboriah, Tatema, Bassengué et Ganblan.

Les Bagas Mandori (ou, Manduri) vivent principalement dans la zone de l'embouchure du rio Compony (ou , Kogon), dans la sous-préfecture de Kanfarandé, et des deux côtés de la frontière entre la Guinée et la Guinée-Bissau. Leur langue, le baga-mandori, est condidérée comme en danger.

Les Bagas Pukur (ou Pokur) sont présents dans deux villages, Mbotini et Binari, au nord du rio Kapatchez.

Chez les Bagas l'esprit puissant "Ninkinanka" (guérison et fertilité), "Bansonyi" en langue Soussou.

le "Nimba", représentation de la fertilité et de la fécondité créé par les baga de Mbotini a timbi Touni de Pita en 1870 et repris au bagataye en 1920 par vieux Tommy Panival de Kouffin à l'époque jeune de 26 ans. il est realisé typiquement en bois d’ébène, il représente un visage de femme. Porté sur les épaules, il participe ainsi solennellement aux cérémonies, notamment les mariages, camps initiatiques, moissons, funérailles des notables et autres, en différents espaces et périodes.

Matisse, Giacometti et Picasso se sont inspirés de cette œuvre après s’être intéressés à cette culture, Picasso en a reçu un modèle sculpté en 1925.

Ils avaient aussi un culte astral. Ces cultes sont d'ailleurs toujours vivants. En effet le Dieu suprême se dit en langue Baga "Kanu" ou "Atshol". Sociétés matriacles, les Bagas sont tout de mêmes caractérisés par une forte présence des femmes à tous les niveaux de décision, signe d'une société anciennement matriarcale.

Un processus d'islamisation, qui dérive d'un crime contre l'humanité, qui culmine dans les années 1950, met fin sauvagement à ces pratiques rituelles des cultures bagas. Des objets sont brûlés publiquement, des forêts sacrées sont entirement rasées, sous le commandement des envahisseurs.

Le grand masque-heaume banda possède une structure complexe, associant formes animales et humaines. Autrefois, lors des cérémonies rituelles, il mimait les mouvements des animaux représentés (oiseau, poisson, serpent).

Le masque monoxyle bansonyi représente l'esprit du serpent-python. Long et sinueux, peint de losanges gravés sur toute sa hauteur qui accentuent l'effet d'ondulation, il occupe une place importante dans la cosmogonie baga.

Le masque nimba (en soussou) ou d'mba (en baga) est porté sur les épaules par le danseur qui reste entièrement caché sous une jupe de raphia. Un long buste est pourvu d'une ouverture rectangulaire entre deux seins tombant qui lui donne la visibilité nécessaire. Le cou est long, la tête est surmontée d'une crête. Ce masque symbolise la fertilité, féminine ou agricole. Le nimba est devenu un véritable symbole en Guinée, figurant sur des logos d'entreprises ou des billets de banque. Le Nimba d'or est un trophée décerné chaque année dans le domaine sportif.

Masque banda ou kumbaruba


Masque serpent bansonyi



Masque nimba


Après la conquête du littoral des bagas par les envahisseurs musulmans, plusieurs nouvelles

générations de masques apparaîtront au xxe siècle, notamment dans les années 1930.

Toujours utilisé lors des cérémonies, le masque yombofisa représente la déesse de la beauté. Il peut aussi prendre la forme d'une sirène.

Très coloré, le masque sibondel est une sorte de boîte – avec une tête de lièvre – contenant des figurines représentant souvent des personnages liés à la période coloniale ou à l'islam. Ce masque incarne une certaine idée de la modernité.

Masque-cimier oiseau


Masque sibondel


Très révéré chez les Baga, A-Tshol représente le dieu créateur, l'ancêtre des ancêtres. Il prend la forme d'une statuette anthropozoomorphe en bois, pourvue d'une grande tête et d'un bec d'oiseau, posée sur un socle circulaire recouvert de tissu et dans laquelle on insère des substances protectrices. Rangés pendant la saison des pluies, les a-tshols sont dévoilés lors d'une grande fête à l'arrivée de la saison sèche, pour des rites d'initiation, funéraires ou sacrificiels.

A-Tshol

A-Tshol


Toutes Les cérémonies baga étaient rythmées par des tambours à caryatides en bois décoré et coloré. Hommes et femmes jouaient d'instruments différents. Symbole de l'initiation et du pouvoir des aînés, le tambour masculin (timba) était colossal. Son usage a été abandonné. Le tambour féminin (èndèf), plus petit, est toujours utilisé lorsque des danses importantes sont organisées


Tambour masculin timba


Tambour masculin


Tambour féminin èndèf


Dès la fin du xixe siècle, les visiteurs européens, tel André Coffinières de Nordeck, ont décrit les tabourets en bois sculpté des Bagas. Parfois ils étaient emportés dans le bois sacré lors de l'initiation des jeunes garçons, pour que les anciens puissent s'y asseoir et dominer les jeunes initiés. Cependant la plupart étaient conservés dans des cases rondes dédiées où ne pénétraient que les sorciers ou les notables. Personne ne pouvait s'y asseoir, à l'exception des doyens des familles, gardiens des autels.

Le musée Barbier-Mueller détient plusieurs de ces sièges ronds, supporté par quatre caryatides.

L'artiste Arman et sa femme Corice possédaient un tel siège du xixe siècle, dont ils ont fait don au Brooklyn Museum en 1990.

Désormais aux mains de collectionneurs ou de musées, en Europe ou en Amérique, les sièges à caryatides ne sont plus sculptés dans la région.


Siège à caryatides du musée Barbier-Mueller


Siège à caryatides du Brooklyn Museum


LECTURE RECOMMANDÉE


Baga. Art de Guinée. Collection du musée Brabier-Mueller, op. cit., p. 11

Johannot et Barbier-Mueller (dir.), Sièges d'Afrique noire du musée Barbier-Mueller , op. cit., p. 80-81.

Purissima Benitez Johannot et Jean-Paul Barbier-Mueller (dir.), Sièges d'Afrique noire du musée Barbier-Mueller , 5 Continents, Milan, Musée Barbier-Mueller, Genève, 2003, p. 78

Ramon Sarro Maluquer, Baga identity: religious movements and political transformation in the Republic of Guinea, University of London, Londres, 1999, 257 p. (thèse),

Jean-Louis Paudrat, Lucien Stéphan et Françoise Stoullig-Marin, « Cameroun : Bamiléké, Bamum, Tikar », in L'Art africain, Citadelles & Mazenod, Paris, 2008 (édition revue et augmentée), p. 497-498

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